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Journal 2008

Semestre1

2007     2006




Lundi 25 août

Rêve après rendormissement ce matin : Je suis au Louvre, devant "La Dentellière" de Vermeer. J'ai dû batailler pour fendre la foule rassemblée là, une foule maintenue à distance du tableau derrière un cordon de vigiles. Je suis seul finalement au milieu de cette foule, sans M. qui m'accompagnait un instant auparavant. Je la sens éloignée, dans une autre aile du musée, ou même dehors, en plein vent. Je la cherche en direction du tableau, duquel j'attends une réponse. Mais il ne s'agit pas du célèbre tableau de Vermeer, plutôt d'un paysage comme on les obtient à l'aquarelle. Des silhouettes présentes dans ce paysage s'estompent, jusqu'a disparaître (le mouvement s'opère sans qu'il y paraisse). On découvre une silhouette, noyée dans une opalescence orangée, une silhouette d'homme. Je reconnais Charles Aznavour. Lorsque je le rejoins dans ce tableau il me dit "elle est là-bas", désignant du doigt une sorte de gigantesque coussin bleu près duquel en effet se tient M., vêtue et coiffée comme le personnage du vrai tableau de Vermeer... Elle sourit, me regarde, murmure : "Je t'ai laissé un petit mot à la cuisine."


Dimanche 17 août

Version récente du réve n°74 : Je suis dans ma salle à manger, à Paris, je tourne autour de la table en compagnie d'un homme qui prétend cette fois être Stan Getz, et je ne le crois pas. J'entends des notes jouées au saxophone ténor, puis distinctement le titre "But Beautiful", comme si les musiciens se trouvaient dans la pièce. Nous empruntons une sorte de tunnel qui passe sous la table et pénétrons dans un renfoncement (situé à l'emplacement de la cheminée), où le saxophone lui-même semble se trouver. Je suis subjugué par la qualité de cette musique. L'homme n'est plus là. Je touche une matière molle semblable à de la boue. M. se tient là et me dit qu'elle a "un secret". Je me laisse alors glisser sans honte dans cette matière chaude, cherchant avec mes mains le corps de M., que je ne trouve pas à proprement parler. Il s'avère que nos chairs et cette boue se fondent en une égale consistance, que des parties de nos corps sont partout à la fois [suite incertaine...] On m'annonce que l'homme était bel et bien Stan Getz.


Lundi 11 août

M. m'avoue ce soir qu'elle m'a trouvé un peu tendu cet après-midi à l'atelier, ah bon?... oui un peu tendu, non?... bref, bon, je suis fou d'amour et rien ne lui échappe, j'ai bien essayé d'avoir l'air dégagé en travaillant pendant qu'elle lisait sur la terrasse, mais pas moyen de rester en place, j'ai tenté de confectionner des crêpes à la cuisine (sans matière grasse et dans une casserole minuscule), errant ensuite complètement nu, badigeonné de gouache bleu outremer, chaussé de sacs en plastique, finissant par m'enrouler dans du papier bulles, puis par m'asseoir à ses côtés et lui raconter ma vie... Elle a posé sa tête sur mon épaule, on a lu des passages du livre qu'elle avait apporté pour moi et mangé ses chocolats.


Mardi 5 août

IMG_4868Je n'ai rien contre la plaisance à la voile, bien au contraire, elle permet d'aller d'un point à un autre sans brûler trop de saloperies, mais la voile avec A. c'est spécial, tout à un prix, hé ho fais gaffe à la manivelle de la winch, ne la laisse pas tomber à l'eau, 150 euros pièce... putain attention à l'autre truc là, 4000 euros... ne t'appuie pas là, plutôt là, ça m'a coûté 840 euros l'année dernière... non, je n'ai pas pris l'option propulseur d'étrave, 8000 euros...etc. J'ignore au juste ce qui explique une tel trouble chez A., qui ne souffre de ces symptômes que sur son bateau... c'est amusant d'ailleurs, enfin moi ça m'amuse, j'imagine au cinéma un de Funès courant derrière chacun de ses invités en les mettant en garde à propos du prix de chaque objet touché le plus anodin, merveilleux petit rapiat finalement humain et touchant... De toutes façons je préfère me promener dans la pinède, c'est mon truc ça la pinède, je ne suis pas très bateau... Autre chose : tout à l'heure j'ai eu M. au téléphone, elle m'a parlé des gouttes de pluie molles sur les feuilles des plantes grasses de Bali, par association d'idées elle évoquait ensuite les montres molles de Dali (Bali/Dali...), puis par ailleurs ses anamorphoses... et à présent seul devant mon ordi je me dis que toutes les ombres portées sont des anamorphoses, voilà, ça fait du bien d'être au soleil du Midi.


Samedi 26 juillet

IMG_4798IMG_4785IMG_4817Trois épisodes de ces jours derniers, si beaux ces jours, si doux, ce n'est pas donné tous les jours de vivre doucement... Comment cette fois retenir l'émotion qui me soulève?... Rencontre avec elle, donc, et je marche seul dans mon quartier après être allé à la boutique sncf imprimer mes billets de train pour les vacances, ciel vierge, je cherche la rue où l'on voit Jean Poiret arrêté par la Gestapo dans Le Dernier Métro, l'avenue de Camoëns exactement, qui débouche sur des escaliers et sur cette vue si belle... Et puis le musée Zadkine avec elle, nous sommes immobiles l'un et l'autre devant la beauté de cette femme au cygne... Avant-hier nous partons chacun dans notre direction, elle à Bali, je suis à Hyères, au bord de l'eau, A. m'emmène sur son bateau, promenade sur l'île de Porquerolles, et je pense à la femme trésor (je me comprends)...


Jeudi 17 juillet

Nous sommes elle et moi tombés amoureux d'un vert de Picasso lundi dernier à l'hôtel Salé, un vert légèrement bleuté, un peu sale, et rétrospectivement je pense à la Rapsodie Espagnole de Maurice Ravel, j'ignore pourquoi... trouble profond, donc, cet après-midi en écoutant cette oeuvre à l'atelier, elle fait surgir une Andalousie imaginaire, l'hispanisme ravélien est plus rêvé que scientifique... c'est plus proche de Carmen que de l'Amour Sorcier. J'aime ces premières mesures obsédantes à quatre notes de l'ouverture (Prélude à la Nuit), cela semble si espagnol, on les trouve pourtant dans le Qui tollis et l'Agnus Dei de la Messe Hongroise du Couronnement de Liszt, mais dans cette Rapsodie la répétition et l'orchestration lui donnent une couleur andalouse... C'est donc associé maintenant à ce vert de Picasso, cette musique est verte.


Lundi 14 juillet

IMG_0574Quatre jours seul à New York pour me vider la tête et j'en reviens au contraire farci d'images en tous genres, de musiques, d'odeurs, de couleurs, de bruits... Je n'ai pris qu'une seule photo, celle-ci, il venait de se produire une scène étrange dans l'escalier : un type bouscule volontairement un autre type, qui tombe alors en bas des marches, bon, une fille attendait sur le quai à vingt mètres de là, elle se précipite vers le type à terre, lui crie dessus (je ne comprends rien, ça va trop vite), elle écarte brusquement les jambes et lui pisse dessus... je fais deux ou trois pas en arrière au cas où, des cris et encore des cris, je sors finalement de la station, je fume une clope à l'ombre d'un arbre... Je suis redescendu quelques instants plus tard, un gars de l'entretien était déjà en train de nettoyer le sol et le quai avait retrouvé un calme absolu.


Lundi 7 juillet

J'ai rompu avec N, femme finalement envahissante et surtout trop polarisée sur sa trop jeune expérience de la parapsychothérapie (ex-institutrice), trop dans la démonstration de ce qu'elle sait, et puis bon... sans cesse en quête du fameux "moment parfait", moi ça me soûle, dommage elle a des jambes magnifiques, bien que traînent hélas ici ou là uniquement au-dessus des genoux des brûlures de cigares assénées par un maître en S.M. (les gens tout de même), oui dommage, cette libido débridée me plaisaient bien mais c'est vrai merde! il fallait se farcir des séances de tortures soi-disant cadrées, je veux bien jouir moi, à la limite une petite fessée, ok pourquoi pas? mais les coups je veux pouvoir les rendre... de toute façon je ne suis pas du genre maître-chienne personnellement, d'ailleurs je ne fume pas le cigare, et les seules odeurs de grillé que j'aime c'est la tranche de bavette qui cuit dans ma poêle. Bref, non, ça ne pouvait pas coller entre nous, et je transpire déjà beaucoup même dans le coton, alors le latex... J'ajoute qu'elle n'a jamais insisté pour me regarder peindre assise au fond de l'atelier en lisant à haute voix les Journaux de jeunesse de Rilke, c'est tout de même un signe... Une drôle de fille, oui, pourtant je n'ai rien contre un peu de dépravation, de paresse ou de pipi caca, mais il me faut un minimum d'élévation, de rêverie ou de lumière.


Mardi 1er juillet

IMG_4768Rendez-vous hier chez Maître P. notaire au Havre pour une histoire de succession familiale, mon dieu que tout cela est compliqué, c'est une langue étrangère et je n'ai fait aucun effort pour faire semblant de comprendre, je n'ai posé aucune question, elle voyait cependant très bien que je décrochais, s'en amusait sans doute plus ou moins tandis que mes frères, ma mère et ma soeur ne se rendaient compte de rien, si, juste un petit fou rire contenu quand Maître P. a évoqué l'existence éventuelle d'oeuvres d'art dans les maisons, bof! répondait quelqu'un, que des croûtes familiales... elle riait, me regardait et concluait en disant que des croûtes comme les miennes elle en voulait bien, sympa Maître P., charmante même, la quarantaine mince, string visible sous la robe, belle femme, bon... En partant je l'ai embrassée sur les deux joues en prétextant que mes mains étaient moites (vrai en plus), l'appelant par son prénom, au revoir Judith... Sur la route du retour vers Paris j'écoutais Nostalgie, et c'était bien, les notaires ne sont plus ce qu'ils étaient, il y avait une belle lumière en arrivant le soir à Paris... Avant de m'endormir je me suis tout de même relu un épisode des aventures de "Petit Ours Brun" (fait du vélo), Petit Ours Brun a un vélo maintenant, c'est parce qu'il est un peu grand, un vélo avec des petites roues, c'est facile pour lui de monter dessus, il aime bien faire "pouet pouet", c'est tellement rigolo... C'est ça que nous aurions dû lire dans le bureau de Judith.