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Journal 2009

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Dimanche 8 novembre

Cette pancarte tout à l'heure à l'entrée de Notre-dame : "Par souci de vigilance les bagages sont interdits dans la cathédrale". J'ai lu "bagarres" au lieu de "bagages"... En écoutant le grandiose Messiaen, fou rire, la pancarte devenait : Par souci de calme les bagarres sont interdites dans la cathédrale.


Mercredi 4 novembre

De très nombreux commentaires ont été publiés depuis 35 ans à propos de cette fameuse note trouvée dans un carnet de Claude Lévi-Strauss et datée du 12 mars 1974 (promenade dans la forêt de Rambouillet) : "Idée pour un en-cas : banane pas mûre". Certains exégètes estiment par exemple que C.L.S. voulait au contraire nous dire que cette "idée pour un en-cas" était à proscrire, et non à conseiller, comme la formulation semble le laisser entendre. On ne trouve aucune autre trace de ce type d'ambiguïté dans toute l'oeuvre du célèbre ethnologue.


Mardi 3 novembre

claudeDans un chapitre des Structures élémentaires de la parenté intitulé "L’illusion du fromage", Claude Lévi-Strauss critique de façon argumentée et définitive l’analogie entre l'idée de brouette et celle de clown blanc, qui avait été abordée par de nombreux travaux en sciences humaines depuis le début du vingtième siècle. Cette critique a lié les deux figures de la brouette et du clown blanc comme deux figures poilantes partageant une même signification : le poilant par opposition au non-poilant. On peut cependant ajouter à cette liste une troisième figure, qui en modifie le sens et en complique la référence : celle de l'aéronautique . En décrivant la brouette et le clown blanc comme des notions étrangères à l'aéronautique, c’est-à-dire hantées par cette altérité qui les déborde, on éclaire la fascination qu’exercent ces figures poilantes en les plaçant dans une position extérieure à l'idée même de poilade et de non-poilade, d’où elles viennent la défier et l’inquiéter. L’alliance de ces trois figures marque donc l’entrée dans le domaine du savoir de trois processus historiques constitutifs de la modernité et de sa rationalité à travers l’exclusion inclusive de figures qui définissent son autre nécessaire : le fromage blanc.


Lundi 2 novembre

Rêve de cette nuit : Je suis dans le noir, sur le palier d'un étage. Je cherche une porte, que je finis par distinguer en dépit de l'obscurité. Une porte d'un vert sombre. Elle se découpe imperceptiblement à proximité de la ferronnerie d'une cage d'ascenseur, dont la cabine attend là, à l'étage. J'y devine une silhouette qui m'observe, immobile, silencieuse :  Carl Gustav Jung, qui souffle mollement dans une langue de belle-mère. Je m'apprête à lui ouvrir la porte de l'ascenseur lorsque une personne se présente derrière moi, m'éloigne brusquement de la cabine et me dit: "Ne vous mêlez pas de ces histoires." La cabine quitte alors le palier pour s'élever dans les étages. Me penchant, je l'aperçois qui disparaît vers une zone très éclairée, d'où me proviennent de faibles échos d'une dispute...


Mercredi 28 octobre

Maman est morte depuis deux mois et demi, j'essaye de la joindre sur son portable, elle ne décroche jamais, elle doit avoir des problèmes de batterie. J'ai fini par avoir un type, il m'a expliqué qu'il y avait beaucoup de monde ici, que plus de 80 milliards d'individus homo sapiens étaient nés sur terre depuis 600.000 ans, que 75 milliards étaient maintenant ici, qu'il fallait que je rappelle d'ici quinze ou vingt ans dans la soirée, que le standard était saturé pour le moment... Bon. J'ai rappelé ce matin, je suis tombé sur un standard automatique un peu décourageant, et j'ai finalement eu une opératrice qui m'a demandé l'objet de mon appel, j'ai bredouillé une histoire de répartition de contrat assurance-vie entre mes frères et ma soeur, elle a été sympa, elle a noté mon nom et mon numéro, m'a dit qu'elle me rappellerait, mais bon... que je pouvais toujours essayer d'envoyer un fax, mais qu'elle ne me promettait rien. Et grosse surprise cette nuit, mon téléphone sonne à 3h34 (numéro masqué), j'entends la voix de maman qui s'excuse pour l'heure, elle n'avait pas réfléchi au décalage horaire, bref... On lui a communiqué mon message, mais en ce moment elle est débordée, elle promet de me rappeler plus tard... Là, elle était dans la queue d'accès au secteur Jésus (800 ans d'attente), elle me rappelle après son rendez-vous, elle nous embrasse tous.


Dimanche 25 octobre

o__est_PaulIl plane une certaine lassitude autour de l'art conceptuel, non?... c'est vrai, ils commencent à nous rincer avec leurs concepts, si seulement ça valait deux balles, mais ça vaut deux millions, ok ça fait partie du concept, je peux comprendre. C'est pratique le concept... D'ailleurs je préfère l'art pratique : où est Paul? il est par là, voilà, on renseigne... et ça marche aussi avec Saul, Denis, Martine, Jean-René, John, Ringo, gare de Lyon, église, chantier ou boulangerie, ou le métro ou la crémière, ou mon cul, la commode, mon lit, la pissaladière, votre honneur, Charleville-Mézières et même avec dieu, avec be bop a lula, où est be bop a lula? il est par là... où est dieu? il est par là... Tout est simple avec l'art pratique, on pose une question, on a la réponse tout de suite, c'est par là, on est dans le renseignement... et ça vaut deux balles, en plus! Juste un petit crobard de rien du tout, allez!


Samedi 17 octobre

vir_e___la_merVisite hier après-midi à la concession Aston Martin de l'avenue Franklin Roosevelt. La location d'une DBS n'est possible qu'à des conditions draconiennes, être par exemple membre du Rotary Club du 8ème arrondissement, titulaire d'une licence de pilote depuis plus de trente ans, propriétaire d'un maillet de polo, d'une salopette de toutes les couleurs avec deux paires de chaussures assorties, etc... Bon. J'ai dit que j'étais le fils de Sarkozy, le type m'a fait un grand sourire, m'a conduit devant une DBS grise (vous n'en auriez pas une noire? - Non), m'a installé à bord, vaguement briefé. J'ai sillonné les rues du 8ème arrondissement pendant 20 minutes puis je suis passé prendre M. à son bureau, on est allés voir la mer et j'ai gardé la voiture jusqu'à ce matin, formidable (les gens tout de même).


Mardi 13 octobre

Recette d'entremet de chimpanzé flambé à l'armagnac avec sauce fromage, pour soixante personnes. Ingrédients : trois chimpanzés, quarante litres de lait, cent soixante-dix oeufs, douze kilos de sucre, cinquante kilos de fourme d''Ambert, soixante litres de crème liquide,  vingt litres d'armagnac, quatre-vingt gousses de vanille, cinquante citrons. Endormir les chimpanzés, puis les ébouillanter et les peler, les faire cuire (cinq heures environ pour qu'ils soient fondants) dans le lait avec les gousses de vanille fendues en deux et huit kilos de zeste de citron, incorporer les oeufs fouettés avec huit kilos de sucre, préchauffez le four à 150 degrés, faire un caramel dans un grand moule à charlotte avec le reste de sucre (trois kilos), trente louches d'eau et  soixante cuillères à soupe de jus de citron. Inclinez la marmite pour napper les parois, y verser la préparation aux chimpanzés, faire cuire au four au bain-marie pendant trois ou quatre heures (prévoir un grand four, demander à un boulanger). Laisser refroidir l'entremet, puis le démouler, le flamber longuement à l'armagnac. Couper la fourme d'Ambert en morceaux, la faire fondre au bain-marie et ajouter la crème. Servir cette sauce chaude avec l'entremet refroidi après flambage. Conseil : la sauce au fromage peut être aromatisée avec un peu de chocolat ou de liqueur de gingembre.


Vendredi 2 octobre

Bonne semaine dans l'ensemble (12/20), à l'exception de mardi : en sortant de l'atelier j'ai trébuché sur une bordure de trottoir, l'un des yaourts toujours présents dans mes poches a explosé, et dans la nuit j'ai fait fondre trois kilos de chocolat blanc que j'ai versé sur mon hachis parmentier (infecte).


Dimanche 27 septembre

IMG_3699Je voulais intituler cette expérience "Bouquet merdique", et puis non, finalement j'ai opté pour "Pathetic bunch"... bon, et de toute façon il n'y a que moi que ce genre de sujets intéresse, et pourquoi ça m'intéresse?... parce que c'est drôle un bouquet merdique, je ne peux pas en expliquer la raison, c'est drôle en soi, comme par exemple le mot "manteau", qui désigne un objet dont les gens se foutent éperdument, je l'ai écrit, sa qualité de manteau ne lui vaut rien... vous vous intéressez à l'idée de manteau, vous? non bon... Un bouquet merdique c'est drôle en soi, c'est intéressant, moi ça m'intéresse davantage que la musique irlandaise par exemple (que j'aime poutant beaucoup)... en tout cas davantage que de savoir si Michel Sardou aime le plastique, peut-être qu'il aime ça, mais vraiment ça ne m'intéresse pas, je n'en ferais jamais une toile...


Lundi 21 septembre

Joan_Mitchell__4Cette toile de Joan Mitchell appartient à Tony Bennett, qui l'a récemment prêtée au Withney Museum. Le soir du vernissage il a chanté "The very thought of you" devant la toile accrochée dans cette grande salle... non, pas à Tony Bennett, pardon... à Jimmy Page, qui a joué les premières mesures de "Dazed and confused" devant une assistance médusée... en réalité je crois qu'elle appartient... on se fout de savoir à qui elle appartient... On parle d"émotion, ici. Bon. Je n'identifie pas la cause de l"émotion qu'a provoqué cette toile de Joan Mitchell, hormis le fait qu'elle ne peut pas avoir été peinte par hasard (le hasard ne produit pas de truc de ce genre, enfin je ne crois pas), alors que La Ronde de Nuit et La Joconde sont le résultat du hasard... non, pardon, c'est le contraire... bon, je me comprends. En plus il paraît que La Joconde est un dyptique, qu'il manque l'autre morceau, on m'a dit. Non? Je ne sais plus... Aucun rapport, d'ailleurs.


Lundi 14 septembre

Flottement en ce moment dans ma vie, petit flottement, que j'attribuerais volontiers au linge sale qui s'accumule à la salle de bain, à moins qu'il ne faille mettre en cause la mort de maman. Bon. En vérité, j'ai cessé de prendre mon magnésium cet été, sans doute inconsciemment pour vérifier à nouveau son efficacité, et le résultat c'est qu'en effet sans cette molécule je suis tout juste bon à paresser sur les bords des piscines du Club Med ou à marcher dans les bois, je ne la fixe pas, chacun ses spécialités, je ne suis décidément pas autonome en matière de magnésium, je crois toujours l'être, mais non, et je ne le suis d'ailleurs pas non plus en matière de chaussettes, je dois régulièrement m'approvisionner, il faut être humble sur ces questions.


Lundi 7 septembre

Depuis la mort de maman je fais ce rêve : J'entre en sa compagnie dans le cabinet d'un juge, elle se tient d'abord silencieuse sur un fauteuil, puis m'entreprend au sujet d'une prochaine réunion de copropriété, elle veut obtenir mon pouvoir, finit par me proposer une barre chocolatée (non merci) et fond en larmes devant mon inflexibilité... Elle a apporté un déguisement complet de Mickey Mouse, dont j'enfile le masque, elle me parle en me tapotant le sommet du crâne avec un petit maillet en caoutchouc, la voix blanche, le ton monocorde, sans doute ne va-t-elle pas tarder à me dire que mes paupières sont lourdes, que je vais m'endormir à son signal... non, je suis au contraire bien éveillé, et alors que je peux m'attendre à un discours sarcastique, la teneur en est au contraire proche d'un appel intérieur infantile, et je me glisse vers un état d'abandon délicieux... Elle me dit soudain d'enfiler le déguisement en entier, c'est un ordre, je me lève, et nous nous tapons mutuellement à coups de coussins... Le juge actionne une petite clochette, indiquant la fin de l'audience. Ma mère sort. Je quitte le cabinet à mon tour quelques instants plus tard maculé de sirop d'érable et couvert de plumes car l'un des coussins du juge a explosé.


Jeudi 3 septembre

Idée de titre pour un tableau : "Tarass Boulba". Je précise que l'idée vient de m'être soufflée au téléphone par M., que je remercie vivement. Je pensais depuis des années à un titre de ce genre, à la résonance cosaque, sans trouver les mots, et j'en revenais toujours à des choses comme "Body and Soul".


Dimanche 30 août

IMG_5915Nous venons de prendre conscience M. et moi que nous sommes en réalité au Club Med, oui ce vaste hôtel chic est un Club Med. Bon. Ce matin nous avons à tout hasard poussé la porte du spa, intéressé par leur "Stop Stress", qui propose aux clients sous tension des séances de saccage, de défoulement sur carrosserie par exemple, oui oui, tôle broyée, pare-brise explosé, les clients surmenés fracassent des épaves de voitures à coups de marteau, vêtus d'une salopette, coiffés d'un casque de chantier, oreilles et visage protégés. Le G.O. responsable Stop Stress nous a expliqué qu'on sort de la séance à la fois épuisés et soulagés. La formule existe aussi avec faxs, téléphones, imprimantes, ordinateurs. Coût de la cure de vandalisme : 1200 euros (pour deux heures de martelage). Nous avons pu assister à l'une d'entre elles, en l'occurrence il s'agissait cette fois d'électroménager, frigos, cuisinières, lave-vaisselle. Le bruit est étonnant, qui couvrait en partie le fond musical style heavy metal, il faut se tenir à distance (personnellement je suis plutôt jazz). Ces sessions de thérapie, baptisées "damage therapy", durent théoriquement deux heures mais aucun client ce matin n'a réussi à dépasser la demi-heure d'activité. Nous avons plutôt opté pour une promenade dans l'arrière-pays.


Lundi 24 août

IMG_5926Quinze jours que nous traînons M. et moi dans les couloirs cossus de notre hôtel, essayant de trouver la sortie pour aller au moins à la plage, il paraît qu'elle est magnifique en contrebas de la falaise rouge, une eau à vingt-quatre degrés, les gens croisés nous parlent aussi d'une piscine quelque part entourée d'une pinède ombragée, bon, et il paraît que l'Algarve est une région qui vaut le coup, gorgée de soleil, ses golfs, ses céramiques, ses villages typiques, ses oliviers millénaires... De temps à autres nous nous posons un peu sur les canapés pour lire, pour ma part un recueil d'allocutions de Vincent Auriol, j'adore celle prononcée le 22 février 1951 devant les élus locaux du Finistère à l'occasion du Mardi-Gras. M. quant à elle consulte les tarifs du spa, dont nous étions apparemment très proches hier soir avant de succomber à la fatigue et de nous endormir par terre (840 euros pour se faire frotter les coudes au lard, les gens tout de même).


Jeudi 5 août

Rapsodie_espagnole__81X100"Rapsodie espagnole". Je pense à la première version pour deux pianos que Maurice Ravel a composée pendant l'été 1907, que je préfère à sa transcription pour orchestre (créée le 5 mars 1908 au Théâtre du Châtelet par l'orchestre des Concerts Colonne sous la direction d'Édouard Colonne, succès très mitigé, l'œuvre est cependant appréciée par Manuel de Falla). Bon. Ici, Maurice Ravel regarde le parc et la mer. A droite, hors champ, nous avons justement Manuel de Falla, assis au piano, d'une main droite distraite il improvise, nous sommes le 7 mars 1908, surlendemain de la création de l'oeuvre de Maurice et anniversaire du même Maurice, 33 ans, qui dit : "Toi Manuel tu es du 23 novembre 76, c'est ça?- Oui, dit Manuel, je vais avoir 31 ans à l'automne"... La mère de Maurice, Maria Deluarte, entre dans la pièce, s'approche de son fils, en espagnol lui murmure à l'oreille : "Moi je vais avoir 68 ans"... Les trois sortent alors de la pièce à pas lents, un peu théâtraux. Le silence. Il est 18h02.


Mercredi 29 juillet

Je suis assis dans le bus, les mains ostensiblement posées sur les genoux, je fais semblant de parler au téléphone, comme les gens équipés du matériel adéquat et qui donnent parfois l'impression de parler seuls. Mon voisin est tout de même intrigué, je l'ai à l'extrême gauche de mon champ de vision, je devine seulement qu'il cherche sur moi ce matériel adéquat, qu'il le cherche discrètement sans oser se tourner vers moi, bon, il faut dire que ma fausse conversation est tout de même intéressante, par exemple : "tu es habillée comment, là?... seulement?... attends, j'essaye de deviner... celle avec le petit noeud rayé... j'en étais sûr", etc... Finalement je m'assieds sur le siège d'en face, dans le sens de la marche, le mystère s'épaissit encore dans l'esprit de mon voisin, car il voit à présent mes deux oreilles, d'où aucun fil ne pend, ça alors, et j'en rajoute : " c'est quoi ce bruit ?... ah tu ouvres l'étui de ton sax?."... Et je descends du bus. Furtivement alors je croise le regard de l'homme (resté à sa place), qui me suit des yeux. Je crois deviner un petit sourire complice, mais je n'en jurerais pas.


Dimanche 26 juillet

J'aime le mot "approximatif". Mais la vie vous oblige à en utiliser d'autres, "manteau" par exemple, qui n'a aucun intérêt, ou "brouette", mais qui est de l'ordre du relâchement sémantique. Si, il y a "boîte" qui est bien aussi, j'essaye de l'utiliser le plus souvent possible, on peut le caser dans une phrase comme "mais madame ceci est une boîte en fer", il faut avoir une dame à qui le dire, pas évident... "Approximatif" va avec tout, même avec "vibraphoniste", qui n'est pourtant pas un mot facile. Tout cela est compliqué.


Mercredi 15 juillet

Je me demande pourquoi j'aime le Tour de France alors que je déteste le vélo, les caravanes, les distributions de casquettes ridicules, les vêtements bariolés, la gaucherie des acteurs, la publicité, les cris, le gras, les poils, la bière, la sueur, la masse, les convois, les processions, l'escalade, les pelotons, les favoris, les chronomètres, les chutes à l'arrière, les connaisseurs, les anciens... Oui, pourquoi j'aime ça? Alors qu'il n'y a pas de virtuosité comme au tennis, au tir, au polo, au curling, au golf, au foot, au piano (ah un bon prélude de Debussy!), non, les mecs sur leurs vélos c'est vraiment des buses hein,  amphétaminées pour des industriels, et on aime ça (les gens tout de même).


Lundi 13 juillet

J'ai acheté deux livres de Tanguy Viel, aujourd'hui, chez Virgin, c'est horrible cette foule sur les Champs, et il y a des petits repères bleus sur la chaussée pour tous les gens qui vont défiler demain, les arbres sont pavoisés, remarque c'est joli mais bon...


Lundi 6 juillet

panier_mures_1_Je fais désormais partie des plaignants français dans le dossier de la fraude Madoff qui porte au total sur 50 milliards de dollars. Une plainte en mon nom a été déposée  par mon avocat cet après-midi auprès du procureur de la République de Paris pour abus de confiance et escroquerie. J'avais vendu en 2006 ma vieille mobylette bleue pour 24 euros et en avais investi 17 dans le fonds Luxalpha, un fonds créé et géré par la banque UBS au Luxembourg. Le fonds, selon les documents en ma possession, devait m'assurer un revenu régulier tout en veillant à la sécurité du capital. En décembre dernier j'ai appris, après l'arrestation par le FBI de Bernard Madoff, que les 17 euros déposés sur le fonds Luxalpha étaient en réalité détenus par B.L. Madoff Investment Securities. Ma plainte vise donc UBS qui confiait cette somme à Madoff et qui, selon mon avocat, connaissait les risques de fraude. La plainte pourrait déboucher sur l'ouverture d'une enquête préliminaire au Parquet de Paris. Si je récupère un jour mes 17 euros, j'offre une barquette de mûres à M.


Mercredi 1er juillet

Rêve de cette nuit : Je suis à l'Opéra Bastille. Le rideau s'ouvre sur une scène vide, pas de décor. Boris Vian entre (physiquement c'est Michel Jonasz), se présente sur l'avant-scène et chante : "Je suis snob, je suis snob, je suis snob"... sur une aria de la Passion selon Saint-Matthieu de Bach. Des soldats du XVIIème siècle surgissent côté jardin en chantant  "on est snobs et c'est bon"... A l'attention des spectateurs un texte défile en boucle sur un panneau suspendu au-dessus de la scène, on peut lire : "encore plus snob que tout à l'heure". Des danseuses s'avancent à leur tour en chantant elles aussi "Je suis snob", sur une chorégraphie agitée. Un trompettiste qui ressemble au vrai Boris Vian joue de la flûte à bec dans un coin de la scène, tout le monde s'immobilise, se retourne vers lui, le montre du doigt... [suite incertaine]... Je marche rue Soufflot avec Boris Vian, (le vrai Boris Vian) il est immense à côté de moi, je suis bouleversé d'admiration, tremblant d'une sorte d'amour éperdu, il me dit : "C'était pas l'automne, et pas à Pékin"... Il s'éloigne, court derrière un bus, disparaît... Je fonds en larmes, terrassé par le chagrin. Je pense : il faudra attendre à nouveau cinquante ans avant de le revoir.

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